surf magazine
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En apparté avec Pauline Ado

Ton avis sur le gros surf fille avec les perf de Layne à Ours, Kealla la précurseur qui charge Teahuppo ou encore le Laird Hamilton Féminin, Maya Gabeira ?

Ces filles m’impressionnent ! Elles vont dans des conditions où je n’oserai jamais aller ! C’est bien qu’il y ait des chargeuses comme ça qui repousse les limites.

Le fait d'avoir un gros team et des wildcards pour des events comme Peniche t'apportent ils en expérience ?

Oui comme je le disais précédemment, je me sens privilégiée de faire partie d’un Team comme celui de RipCurl.

Les expériences que j’ai pu avoir lors de trips avec des filles comme Steph, Jessi, Bethany m’ont beaucoup appris.

Pareil pour les wildcards, je sais bien qu’elles ne sont pas données à tout le monde.

Cela m’a permis de voir à quoi ressemblait l’ambiance et le niveau sur le circuit.

pauline ado roller

Championne du monde, ce titre t'a t il permis d'accéder à plus de confiance ?

Ce n’est pas forcément le titre en lui-même qui donne confiance, mais le fait d’avoir battu des têtes de série.

On se dit que finalement, si on l’a fait une fois, on peut le refaire et que personne n’est imbattable.

Mais paradoxalement, un titre met aussi pas mal de pression sur les épaules.

Inconsciemment, après un gros résultat, les gens de votre entourage attendent beaucoup plus de vous.

Parlons un peu de tes hobbies, que fais tu quand tu ne surfes pas?

En général j’essaie de passer du temps avec mes amis que je ne vois pas énormément étant souvent en déplacement à l’étranger.

Sinon j’aime bien faire d’autres sports : course, pala, tennis, natation…

Pauline Ado tube

Avec qui voyages tu ?

Sur les étapes WQS je me déplace avec Amandine Sanchez et Lee-AnnCurren le plus souvent ou bien avec le team RipCurl Europe. L’ambiance est bonne dans le groupe et nous apporte une bonne émulation.

Ta relation avec les autres françaises ?

On s’entend toutes plutôt bien. Après je ne connais pas tout le monde mais en général, l’ambiance est bonne.

On sait faire la part des choses entre ce qui se passe en série et hors de l’eau. On est toutes là pour gagner donc à un moment donné, c’est chacun pour soi.

Mais dès qu’on a l’occasion on partage une session !

Comment passes tu le temps quand les events sont off ?

En général, si la compétition est off, c’est qu’il n’y a pas de surf.

Ce n’est pas toujours évident à gérer : ne pas savoir quand on va passer, combien de temps il va falloir attendre…

J’essaie de m’occuper pour ne pas trop me focaliser sur l’enjeu mais tout en veillant à me préserver physiquement.

En général je visite un peu l’endroit où je me trouve.

Mais il est vrai que parfois les compétiteurs piétinent un peu et sont impatients d’ouvrir les hostilités.

Est ce dur d'être séparés de sa famille avec ces events partout dans le monde ?

Non pas vraiment. Ne croyez pas que c’est méchant pour ma famille !

Mais actuellement avec internet partout, facebook, les mails, Skype on arrive communiquer sans problème de n’importe où et on se donne des nouvelles régulièrement.

J’ai le souvenir d’une fois où nous avons mangé ensemble par webcams interposés alors que j’étais en Australie : pour eux le dîner et moi le petit déj’ !

En fait je suis toujours contente de rentrer mais jamais triste une fois partie !

Quelle surfeuse/surfeur t'inspire le plus ?

Sans hésiter Steph Gilmore, pour son niveau technique évidemment mais également son style, son attitude et sa gestion des compétitions.

Ton meilleur trip ?

Un boat trip en Indo avec les RipCurl Girls. J’y ai pris mes premiers tubes et ai passé de super moments avec les filles.

Ton team et le lieu pour un trip à la drive thru ?

J’aimerais beaucoup découvrir toute la côte ouest des Etats-Unis en road trip.

Je connais déjà Huntington et ses environs mais il y a tellement d’autres super spots !

Pour m’accompagner, je prendrais quelques surfeuses françaises comme Lee-Ann, Amandine, Marie Dejean…

A quand une vidéo part et pourquoi si peu de vidéos filles ?

Justement je me demande la même chose !

Comment ça se fait qu’il n’y ait pas plus de vidéos de surf de filles ?

Certains diront que ce n’est pas aussi spectaculaire que les garçons mais avec la nouvelle génération : Steph, Silvana, Sally, Coco, Carissa, Malia Manuel… il y a vraiment de quoi faire de super images !

Quand à moi, pas de vidéo prévue pour l’instant mais je suis ouverte à toute proposition !

Suite à l'arrivée, cette année, de Lee Ann Curren dans l'élite du surf mondial, c'est toute une génération qui se dit que tout est possible. Et s'il en est une qui l'avait déjà bien compris, c'est Pauline Ado. Après une année 2009 plus que prometteuse au vu de ses victoires et podiums, la jeune française semblait pourtant bien amère.

Preuve de sa volonté de perfection. La jeune Pauline à soif de victoire et est prête à concquérir le Dream Tour féminin, Tour dont le niveau ne semble pas lui faire peur.

Si elle arrive à s'exprimer parfaitement et à compenser la pression qu'elle se met sur elle même, Pauline s'annonce comme la meilleure chance de qualification pour le Tour 2011 avec une autre Freaky girl, Justine Dupond.

pauline ado pose

Freaksurf Mag : Où et quand as tu découvert le surf ?

Pauline Ado : J’ai été en contact avec l’océan depuis toute petite, m’amusant dans les vagues à la plage avec un bodyboard. Le grand jeu, avec mon groupe de copains, était de tenir le plus longtemps debout sur la planche.

A l’âge de 8 ans, j’ai réclamé à mes parents d’essayer le surf et ils m’ont inscrite au club d’Hendaye.

Mes souvenirs de cette époque ne sont pas très précis mais je me rappelle avoir beaucoup aimé les sensations et je suis vite devenue accro.

J’étais la seule fille du groupe au début mais l’ambiance était vraiment bonne et nous nous poussions à progresser les uns les autres.

Freaksurf Mag :  Pourquoi ce sport plutôt qu'un autre ?

Pauline Ado : J’ai touché à pas mal de sports avant cela : tennis, foot, handball… J’aimais bien mais avec le surf, c’était autre chose.

Les sensations étaient complètement différentes et l’aspect très ludique du surf m’a beaucoup séduite. Chaque cours était un nouveau challenge avec des conditions de mer différentes.

En y repensant, le fait d’évoluer dans un élément naturel m’a aussi beaucoup plu.

Quel moment a été le déclic de te dire je veux devenir Pro Surfer ?

Je n’ai pas vraiment eu de déclic, cette volonté de devenir surfeuse pro s’est renforcée progressivement au fur et à mesure que mes résultats s’amélioraient.

Mais au tout début, la compétition n’était vraiment pas ma tasse de thé… Les contraintes de temps, de conditions, les défaites…

Lee Ann Curren est qualifiée pour le tour, c'est important pour l'Europe et la France d'avoir une représentante à ce niveau, mais derrière, tu fais figure de rouleau compresseur avec Justine Dupont. Peut-on espérer dans un futur proche une Euroforce Fille ?

Oui je pense que l’on peut espérer être plusieurs européennes sur le Tour dans quelques années.

La qualification de Lee-Ann booste le surf féminin européen et nous motive toutes. Ces dernières années, les résultats des européennes sur la scène internationale n’ont cessé de s’améliorer : ceux de Lee-Ann, Justine, Alizé Arnaud, Amandine Sanchez mais également des plus jeunes comme Cannelle Bulard et Johanne Defay…

Si par le passé nous n’inquiétions pas beaucoup les surfeuses internationales, elles se méfient maintenant de nous… et c’est bon signe !

Il y a très peu de places dans le Dream tour et peu d'events WQS et WT chez les filles, trouves tu cela injuste, car il est beaucoup plus difficile de se qualifier ?

C’est vrai qu’il y a très peu d’évènements sur le circuit WQS féminin, seulement 6 épreuves dans l’année pour un classement retenant les 5 meilleurs résultats.

Il est facile à comprendre qu’il n’y a pas beaucoup droit à l’erreur. Tu me diras, c’est pareil pour toutes les compétitrices…Mais ce n’est pas cet aspect là que je trouve le plus contraignant. Ce qui est difficile, c’est de passer plusieurs semaines, parfois plusieurs mois, sans faire une seule série. Pas évident de garder le rythme dans ces conditions…

Pour ce qui est du WCT, c’est différent. Les filles du top 17 ont 9 épreuves dans l’année soit une seule de moins que les garçons, ce qui est plutôt pas mal. Vu que les filles sont peu nombreuses, les duels se ressemblent beaucoup d’une compétition à l’autre ce que je trouve dommage.

Tu n'as pas ta langue dans ta poche et semble dire ce que tu penses de façon objective y compris sur toi même ?

Je ne me considère vraiment pas comme « une grande gueule » mais j’essaie d’être la plus objective possible même si on ne l’est jamais complètement lorsqu’il s’agit de soi-même. De toute façon, se voiler la face n’a jamais aidé personne à avancer. Il vaut mieux être conscient de ses points forts, de ses faiblesses pour travailler en conséquence.

Le milieu surf homme et femme ne laisse plus de place aux rebelles et à leur comportement. On voit par exemple Melanie Bartels ne pas avoir de sponsor majeur ni de couverture médiatique eu égard à son comportement passé. Pense tu que le surf soit devenu politiquement correct ?

On peut dire ça comme ça… Disons que cela rejoint le fait que le surf se professionnalise.

La plupart des marques recherchent maintenant une image propre de l’athlète de haut niveau, ce qui  implique, une bonne hygiène de vie, un bon comportement en compétition.

Je trouve que c’est une bonne chose qui donne plus de crédit à notre sport face aux médias. Mais cela dépend également de l’image de la marque. Il y aura toujours des marques un peu « décalées » qui recherchent des attitudes « rebelles ».

pauline ado bottom turn

J’avais vraiment du mal à y trouver du plaisir. Et puis j’ai gagné ma première compétition et tout a changé.

J’ai pris goût à la victoire et ne me suis plus arrêtée depuis. D’année en année, je participais à des compétitions toujours plus importantes, championnats régionaux, nationaux, circuits ASP…

A l’âge de 13 ans, j’ai décroché ma première sélection en équipe de France junior.

Cette expérience m’a permis de me confronter à des surfeuses internationales et c’est vers cette époque que j’ai commencé à rêver de vivre du surf.

Une fille pro surfeuse en France, quelle a été la réaction de tes parents ?

J’ai l’impression que, pour eux aussi, l’idée est venue progressivement.

Ils ont vu au fil du temps que le surf prenait une place toujours plus importante dans ma vie et ça n’a donc pas été un choc pour eux.

Comme tous parents, ils sont soucieux de mon avenir et veillent à ce que je prenne les bonnes décisions.

Pense tu que l'Europe soit prête pour les pro surfeuses ?

Je ne sais pas si elle est prête… Tout ce que je peux dire, c’est que les surfeuses sont de plus en plus reconnues depuis ces dernières années mais qu’il y a encore des points à améliorer.

C’est un sport qui s’est beaucoup professionnalisé surtout chez les filles mais je pense que l’on manque encore de reconnaissance.

pauline ado dropping

Comment concilier surf comme style de vie et études ?

Il faut bien s’organiser !!! Jusqu’en première, j’ai suivi un cursus scolaire normal en intégrant le Pôle France de Bayonne dès mon entrée au lycée. J’ai dû pas mal m’absenter pour des compétitions ou autres déplacements.

Il m’est arrivé d’être absente entre 2 et 3 mois dans l’année scolaire mais ça s’est toujours bien passé.

La plupart des professeurs jouaient le jeu de m’envoyer les cours et je rattrapais à mon retour.

J’ai quand même décidé de faire ma terminale par correspondance, mes absences devenant trop importantes.

J’ai eu mon bac S l’année dernière et depuis, je fais du surf ma priorité. Je suis tout de même inscrite en fac mais je mise tout sur ma carrière sportive pour l’instant.

J’ai tout le temps de faire des études après !

Un bref rappel de ton palmarès ?

- 2006 : championne du Monde Junior ISA
- 2007 : finaliste WQS 5* Newquay
- 2008 : championne du Monde Junior ASP, finaliste WQS 5* Durban
- 2009 : finaliste des championnats du monde open ISA

Un mot sur Gilles Darqué ?

Gilles est le Team manager RipCurl Europe. Il nous accompagne sur toutes les compétitions majeures et nous filme, nous conseille pour nos séries.

C’est avec lui que j’ai fait mon premier voyage en Australie. C’est quelqu’un de très proche de ses team riders, quand on a un soucis on peut compter sur lui.

Comment définis-tu ton style surfistique ?

Je dirais que j’ai un surf fluide, appliqué… c’est difficile d’être objective lorsqu’il s’agit de soi-même.

Mais honnêtement,  je ne me focalise pas sur mon style. Ma priorité est de faire évoluer mon surf pour pouvoir scorer un maximum en compétition. Tant que la manœuvre passe proprement c’est bon ! La faire avec du style c’est un petit bonus.

Tu as fait une superbe année 2009, toutefois tu m'as dis que tu étais assez déçue malgré tout. Est-ce parce que tu as raté la qualification pour le Dream Tour ?

Ma frustration ne vient pas forcément de la qualification ratée…

Je suis déçue de mon année WQS parce que je n’ai pas réussi à m’exprimer, je me suis mis la pression, ne suis pas parvenue à montrer mon niveau et à scorer.

D’autres compétitions m’ont réussi en 2009 mais mon objectif principal était le WQS d’où ma déception.

Tu es dans un des teams les plus prestigieux du milieu, Rip Curl, racontes nous comment s'est passé la rencontre avec ce Major Company Sponsor.

J’étais très jeune lors de ma rencontre avec RipCurl. Mon entraineur de club, Eric Termeau, était à l’époque leur Team Manager, et il m’a fait rentrer dans le Team. Je n’avais que 10 ans.

Je me souviens de ma joie lorsqu’on me l’a annoncé ! C’était comme un rêve qui devenait réalité…

Par la suite, faire partie de ce team m’a permis de partir surfer à l’étranger et de rencontrer des filles comme Steph Gilmore, Jessi Miley-Dyer, Alana Blanchard, Bethany Hamilton… J’ai vécu de superbes expériences et appris beaucoup en les fréquentant.

Ton objectif est la qualification pour le Tour de Rêve, as tu effectué une préparation spécifique et à quels niveaux ?

Je mets l’accent sur l’aspect technique de mon surf ainsi que ma préparation physique.

Je me suis pas mal entrainée cet hiver en compagnie du Pôle France.

Je vais aussi régulièrement surfer avec des membres du team RipCurl et avec l’équipe de France.

Je profite donc des conseils techniques de plusieurs personnes : Philippe Malvaux, Gilles Darqué, Patrick Flores.

En règle générale, j’essaie de surfer avec des gens meilleurs que moi pour me motiver et me pousser à progresser.

Côté physique, je m’entraîne depuis plus d’un an avec Yoann Caudal et on travaille en fonction des points que je dois améliorer dans mon surf. Je regarde également attentivement les séries des filles qui marchent bien en ce moment : Steph, Silvana, Carissa, Coco, Sally…

J’essaie de voir quelle est leur stratégie en compétition, quel type de manœuvres leur permet de scorer…

Tu sembles à l'aise dans le gros surf ? As tu fais des trips particuliers pour ces grosses conditions comme lors du Drug Aware Pro ?

Je ne dirais pas que le gros surf est mon point fort mais c’est un aspect que je travaille.

Certaines destinations, notamment Hawaï où j’ai passé quelques semaines cet hiver, permettent de tester ses limites dans ce genre de conditions et de bien se préparer pour des épreuves comme celle de Margaret River.

pauline ado spray

Parlons un peu du sexy tour fille, on vous a toutes vues ou presque en Bikinis l'année dernière avec notamment ta camarade de team Alana Blanchard. Que penses-tu de la tendance sexy ? Est-ce le futur du surf, le moyen de médiatiser les filles d'avantage?

C’est certainement un moyen de médiatiser davantage le surf féminin.

Faire du surf en compétition n’empêche pas d’affirmer sa féminité et je pense que la plupart des filles l’ont compris et mettent bien cette image en valeur.

Cependant, attention à ne pas oublier que les surfeuses sont des sportives avant tout. Il faut trouver le juste milieu.

Faudra-t-il être sexy maintenant pour avoir de bons sponsors ?

Disons que ça aide ! Il ne faudra pas être sexy pour avoir de bons sponsors mais à un niveau de surf égal, une fille sexy trouvera plus facilement un sponsor.

pauline ado portraiture

 

En attendant, je mets en ligne régulièrement quelques vidéos sur mon blog www.paulineado.fr si vous voulez y jetter un œil (rires).

pauline ado

La meilleure pour la fin QUI EST PAULINE ADO ?

Avec tout ce que je vous ai dit vous devriez avoir votre petite idée non ? (rires)

Interview Johann Mouchel / Freaksurf Magazine

Photos Credit : ASP, RIP CURL, Laurent Mazurel, Damien Poullenot, Sparkes, et Sandrine Le Gal

Remerciements particulier à Laurent Mazurel / Aquashot pour les images

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